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Les engagés indiens de l'île de la Réunion (2) - Pré-Histoire (2e partie)

2-3 - CONTEXTE PRÉCÉDANT L'ARRIVÉE DES ENGAGÉS

1667 voit la création de la première église et du premier registre d'état civil.

Cinq ans plus tard en 1672 ce sont 15 prisonniers indiens de San-Thomé, près de Madras, qui sont expédiés à Bourbon. Ce seront les premiers Indiens à s'installer.

En 1674 la population est composée de 62 Français, 43 Malgaches, 15 Indiens et 8 enfants métis pour environ 70% d'hommes et 30% de femmes.
Deux fillettes indo-portugaises débarquent de Daman en 1678.

À partir de 1697 la traite des Noirs va être organisée et devenir officielle.
Les Indiens nés en Inde de parents libres sont quant à eux peu nombreux, arrivés par hasard dès la fin du XVIIe siècle.

Jusque-là, la Compagnie des Indes est seule propriétaire d'une l'île peu exploitée et s'en désintéresse jusqu'à l'exploitation du café. Dès le début du XVIIIe siècle, le riz supplante le blé. C'est donc entre 1716 et 1767 que le café Moka devient moteur économique avec le café indigène. Ailleurs aux Antilles la canne à sucre est cultivée depuis longtemps déjà.
En 1738 Saint-Denis devient la capitale de l'île et hérite d'un port.

La culture du café nécessite de la main-d'oeuvre. Elle sera servile et viendra de Madagascar. La prédominance numérique des Noirs sur les Colons (malgré l'arrivée de nouveaux) va devenir effective. La traite est surtout faite par la Compagnie des Indes, recrutant les esclaves à Madagascar (à partir de 1717) et au Mozambique (à partir de 1733) qu'elle revend aux propriétaires. Elle s'intéresse aussi, mais moins, à la côte occidentale africaine (côte de Guinée) et à l'Inde. D'effroyables pertes en vie humaine surviennent sur les convois du Mozambique, de la Guinée et du Sénégal. La traite en Inde est antérieure à la culture du café et totalement inorganisée.

Un nombre minime d'affranchis forme le groupe des Libres de couleur qui côtoie le groupe des esclaves et le groupe des Blancs. Vers 1720 la supériorité numérique des esclaves sur les Blancs est effective. À tel point qu'à la fin du XVIIIe siècle les Noirs représentent 80% de la population totale. Mais malgré tout, selon le Code noir, l'esclave est un meuble.

Malgaches et Africains sont affectés aux travaux des champs. Les Créoles aux travaux domestiques.

90% des marrons (déserteurs) étaient malgaches. Peu d'Indiens et d'Africains ou de Noirs créoles pratiquaient le marronnage.

En 1714 ce sont trois églises paroissiales (Saint-Denis, Saint-Paul et Sainte-Suzanne), et deux presbytères (Saint Pierre et Sainte Marie) qui rythment la vie religieuse. Faute de pratiquants, la situation n'évoluera pas pendant 20 ans. En 1767 il y a 26 bâtiments ecclésiastiques répartis sur 8 paroisses.

En matière d'éducation c'est l'analphabétisme, le désoeuvrement et l'inculture qui règnent. Seule l'élite venant de l'île Maurice (île de France), des Indes, et du Portugal peut accéder à l'internat puis l'externat à partir de 1756.
La christianisation des Noirs est entravée par les colons du fait de leur propre comportement peu recommandable et de lois contraignantes.

Le créole va émerger comme moyen de communication interethnique vers 1721.
Les unions entre Blancs et noirs sont interdites après l'apparition de la société esclavagiste.

1765 : faillite et liquidation de la Compagnie des Indes des Îles de France et de Bourbon. Bourbon et l'île de France sont rattachés à la couronne royale.
Suite à la disparition de la protection de la Compagnie des Indes, à l'éloignement des lieux de consommation, à la concurrence du café antillais et aux mauvaises conditions de récolte, le café est "délaissé" au profit des cultures vivrières qui faisaient défaut.

Jusqu'en 1768 il y a 5 quartiers : Saint-Denis, Saint-Paul, Saint-Pierre, Sainte-Suzanne et Saint Benoît. En 1768 créations de ceux de Sainte-Marie, Saint-André et Saint-Louis. En 1777 ceux de Saint-Leu et Saint-Joseph.

L'intérêt pour les épices grandi ainsi que pour le coton. À partir de 1776, le cacao fait son apparition.
L'économie atteint un certain équilibre et la subsistance de la population est assurée grâce aux cultures vivrières.
Blé, riz, maïs et grains permettent même d'assurer la subsistance de l'île de France voisine, qui elle, s'intéresse déjà à la canne à sucre.
À partir de 1784 : accroissement sensible du trafic maritime vers les îles, mais sans rien apporter de tangible à l'île.
1785 : la Compagnie de Calonne est créée dans le but de commercer dans les îles et dans l'Inde, mais n'apporte rien à Bourbon toujours délaissée au profit de l'île de France plus accostable.
À partir de 1789 il y a augmentation continue du nombre d'affranchis.

1792 : Épidémie de variole, Bourbon au bord de la famine, isolée pendant plusieurs mois. La Révolution tarde à montrer ses effets.

1789 : des voix s'élèvent contre le maintien de l'esclavage.
27/07/1793 : interdiction de la traite.
04/02/1794 : interdiction de l'esclavage.
Par peur de la ruine des colonies, les décrets ne sont pas appliqués par les îles et leurs colons qui chassent les 2 commissaires de la République et la troupe accompagnatrice, venus faire appliquer la loi.

La guerre contre l'Angleterre et les problèmes dans la marine vont leur donner un répit.
En l'an III de la République, la départementalisation est en discussion, mais rencontre aussi de la résistance.
Des velléités d'indépendance planent sur l'île.
1802 : Bonaparte rétabli l'esclavage et l'administration de l'île se fait toujours à partir de l'île de France.

Une succession de cyclones, pluies et sécheresse, débutent le 21/02/1806 (Cyclone), puis en mars 1806 (cyclone). Du 12/12/1806 au 06/02/1807, des pluies incessantes.
Tout fût déraciné et emporté par les eaux : cultures vivrières, caféiers, le sol lui-même. Puis la sécheresse, puis encore cyclone
Le calme revient en mars 1807 laissant place à la famine.
Ne sachant que faire, les colons se tournent vers la canne à sucre qui servait surtout à produire de l'arak limité aux besoins familiaux.
Le café subit alors un coup d'arrêt, les épices et la polyculture vivrière seront maintenues.

1809 : Les Anglais s'emparent de Rodrigues.
07/1810 : Ils débarquent à Bonaparte
12/1810 : Ils s'emparent de l'île de France qui devient l'île Maurice. L'île Bonaparte retrouve son nom de Bourbon.
La Compagnie anglaise des Indes prend le relais comme modèle économique, et les responsables anglais adoptent une attitude conciliante.
Quelques révoltes d'esclaves avortées sous administration anglaise lui donneront pourtant une mauvaise image.

Le bord de la mer et le sommet des montagnes étaient les bornes des propriétés ce qui provoquait de nombreux conflits et posait des problèmes de morcellement lors des héritages. Facteur non négligeable dans les problèmes de l'île, cela va provoquer la prolétarisation de certains Blancs, qui exclus, rejoignent les Noirs marrons dans les Hauts.

Les colons ont fait appel aux corsaires pour aller chercher de nouveaux esclaves.

De la fin de la période révolutionnaire aux 20 premières années du XIXe siècle l'exercice du culte catholique régresse faute de missionnaires.
La faible représentation de la religion officielle dans un pays où les habitants sont issus de sphères religieuses non chrétiennes a permis à d'autres cultes, dont l'exercice est prohibé par la loi, de se maintenir.

Le soir les Noirs s'expriment avec les danses et musiques de leur pays d'origine. La nuit permet de préserver la mémoire collective.
Le Séga naîtra certainement d'influences africaines. Tchéga ou Tschiéga, d'origine Mozambiquienne donneront Séga. En Swahili "Séga" signifie relever, retrousser un vêtement, ce que fait la danseuse de Séga avec ses jupes (seconde moitié du XVIIIe).
La danse raconterait une histoire d'amour (coup de foudre, de séduction, flirt, union). Au fil du temps ce Séga primitif (on le nomme Maloya) va évoluer.

Le traité de Paris (1814) entre France et Angleterre rend Bourbon et l'ensemble des possessions françaises de l'océan Indien. Mais la France perd Saint-Domingue et sa production de sucre au moment où la consommation de celui-ci augmente en métropole. La production betteravière n'en est qu'aux balbutiements.
À partir de 1815, le développement de la canne à sucre va se répandre et l'introduction de machines à vapeur aussi, marquant la première phase de l'industrie sucrière jusqu'en 1830.

Dès lors, il y a stagnation à cause de l'abandon des petits propriétaires suite à la chute des prix (arrivée du sucre de betterave) et au passage d'un cyclone (1830). Le sucre n'est pas encore un élément déterminant de l'économie coloniale.
L'avènement des gros propriétaires va provoquer un mouvement de concentration des terres se poursuivant jusqu'à la fin du XIXe ce qui caractérisera la deuxième phase.
Le sud de l'île garde une vocation agricole vivrière (en 1827) ainsi que les petits propriétaires.
À partir de 1850 la canne à sucre domine le reste (le café en second). La culture de la canne développe le commerce qui augmente avec le passage des bateaux français sur la route des Indes. Bourbon est maintenant en position géographique privilégiée.
Entre 1818 et 1836, le commerce du sucre est multiplié par 32 avec la métropole, le café produit 11 tonnes de plus seulement et le coton disparaît.

Les faiblesses de l'activité commerciale :
- inexistence d'équipements portuaires,
- système monétaire affaibli par un manque de numéraire, dû à certains colons qui accumulent et dépensent hors de l'île ou transfèrent l'argent en métropole, ainsi qu'une trop forte émission de titres de crédit.

La canne à sucre, grande consommatrice de main-d'oeuvre, est appelée à devenir la culture principale de Bourbon au moment où une ordonnance supprime la traite des esclaves de l'île.
Les colons se tournent alors vers la traite illégale et l'engagement. 45000 esclaves issus de la traite illégale arriveront de 1817 à 1848.

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