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Les engagés indiens de l'île de la Réunion (3) - Pré-Histoire (3e partie)

Vers 1829, malgré la traite illégale, le besoin de main-d'oeuvre persiste. Les colons adoptent l'engagement autorisé officiellement qui concerne surtout les Indiens.

Censée être volontaire et contractuelle, cette immigration se révèle rapidement forcée et s'apparente à la traite des esclaves.
Les recruteurs furent de véritables exportateurs d'êtres humains, avec l'objectif du plus grand profit possible. Le système fût faussé dès le départ malgré des arrêtés protecteurs en faveur des Indiens : salaire, entretien et coût du retour à la charge de l'employeur.
Les colons font difficilement la distinction entre esclaves et engagés. Les salaires pourtant modestes ne sont pas versés. Les conditions de vie et de travail non respectés.
Lassés par les abus, de nombreux Indiens désertent et commencent une vie vagabonde. Malgré la création d'une pseudo organisation syndicale, qui sera dissoute peu après, les Indiens seront peu influents.

Cette première formule de l'engagement et un échec, plus de la moitié des engagés arrivés entre 1829 et 1832 sont repartis au bout de 2 ans seulement. Leur nombre va alors décroître.
En 1830 ils sont 3102, en 1834 ils sont 884.
Le gouvernement de Pondichéry met un terme à cette immigration en 1839 par une interdiction.
Les colons se tournent, en 1843, vers la Chine pour l'engagement d'un millier de Chinois. Pour les mêmes raisons, ce sera un échec qui se termine en 1846.

La pénurie de main-d'oeuvre se caractérise par des terres laissées en friche, des propriétaires aux abois, des petits Blancs et des affranchis en situation précaire refusant de faire le même travail que les esclaves.

Les relations entre groupes de travailleurs étrangers ne sont pas idylliques et chacun est affecté à une tâche en fonction de son origine.
Les Africains (Cafres) et les Malgaches : esclaves du sucre, travaux des champs et main-d'oeuvre dans les usines.
Les nés dans l'île : esclaves domestiques ou artisans.
Les Créoles : commandeurs dans les champs ou les usines
Les esclaves nés dans l'île n'ont aucune relation avec les autres.
Les Malais et les Indiens considèrent les Cafres et les Malgaches comme des êtres inférieurs.

1817 : abolition de la traite.
1831-1833 : politique d'affranchissement du gouvernement Louis-Philippe.
1833 : émancipation des esclaves dans les colonies anglaises.
1839 : bref du Pape Grégoire XVI dénonçant les négriers et les esclavagistes.
24/04/1833 : mêmes droits aux hommes libres de couleur qu'aux Blancs.

Les colons vont résister et faire fi des recommandations sur les conditions de vie de la population servile jusqu'à l'abolition effective le 20/12/1848.
60000 esclaves deviennent des hommes libres et retournent au travail le lendemain avec un contrat de travail d'une durée minimum de 1 an et maximum de 2 ans.
[Cet évènement ne sera officiellement fêté qu'à partir de 1982, le 20 décembre devenant jour férié.]

La canne à sucre oriente l'agriculture vers une monoculture.
La concentration des terres fertiles du littoral étale les propriétés dans le sens de la largeur, au détriment des petits et moyens propriétaires qui vendent leurs terres (le départ des esclaves s'ajoute aux difficultés précédentes).
Deux grands propriétaires sont influents économiquement et politiquement : Kerveguen (K/Veguen) et le Crédit Foncier Colonial.
De 1850 à 1862, le défrichement de 15000 hectares participe à l'extension des domaines.
En 1852 la canne à sucre représente moins de 40 % de la surface cultivée. En 1862 elle représente 63%.
La Réunion devient une île riche, richesse détenue par une minorité et qui ne va durer qu'une décennie (1852-1862).
La canne à sucre atteint 80% à 90% de la part des recettes.
La Réunion remporte 51 médailles ou mentions à l'Exposition Universelle de 1856 en récompense de son labeur.
De nouvelles routes sont construites, un port à St Pierre et un train à travers la montagne de St Denis arriveront bientôt.
Mais les disparités des ressources et du pouvoir vont aggraver la situation.
À partir de 1850 l'île est dans une dépendance alimentaire totale, ce qui se répercute sur la balance commerciale qui subit un déficit croissant avec l'augmentation de la population.
L'économie sucrière est dépendante des cours internationaux qu'elle ne maîtrise pas et qui fluctuent.

À partir de 1860 l'économie réunionnaise ne pourra pas affronter les difficultés internes et externes qui vont survenir :
Internes :
mars 1859 : épidémie de choléra (la main d'oeuvre est touchée, 1,4% de la population en est victime, soit 2500 personnes)
1863 : 3 cyclones (récoltes détruites)
1865 : le paludisme devient endémique jusqu'à la départementalisation.
1862 : le borer ou foreur, insecte nuisible apparu en 1857, atteint toutes les plantations.
Externes :
Concurrence de la betterave sur le marché français.
Concurrence de la canne à sucre de Cuba sur les autres marchés.
Toutes ces difficultés amènent une baisse de la production de sucre qui entraîne à son tour une crise économique générale.

Pour sortir de ce marasme, on essaie d'élargir l'horizon économique : autres cultures (vanille, plantes à parfum tel l'ylang-ylang).
L'ouverture du canal de Suez en 1869 va faire perdre à la Réunion sa place privilégiée sur la route des Indes.
[Seuls le transport pétrolier et les gros tonnages lui redonneront sa position stratégique.]
Mais cette crise ne dissuade pas les propriétaires de recruter de la main-d'œuvre en Inde et en Afrique, en remplacement des affranchis, qui après leurs obligations (1 à 2 ans), désertent les plantations à partir de 1851, ou même, avant la fin de leur contrat.
Et cela, malgré une existence difficile qui les attend.
Sans tenir compte de l'échec précédent de l'engagement indien (1829), les grands propriétaires plaident en sa faveur.

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